Un vent de panique sur la musique locale en Guadeloupe

Un vent de panique sur la musique locale en Guadeloupe

Écrit par Jean-Daniel

Il a fallu ce fabuleux concert de Jazz de SMV (Stanley Clarke, Marcus Muller, Victor Wooten), pour qu’un vent de panique vienne secouer le monde de la « Musique Locale ».

En effet la première partie de ce concert a été assurée par de talentueux musiciens Guadeloupéens, reconnus pour le travail déjà accompli. Il convient tout de même de reconnaître que le public a gardé un goût mitigé de leur prestation ce jour là.

Les explications s’orientent en grande majorité vers la mauvaise qualité de la sonorisation. Il semble qu’il y avait un très mauvais « retour » (l’installation qui permet aux musiciens, d’entendre ce qu’ils font).

A qui faudrait ‘il donc attribuer ce mauvais retour !! Si ce n’est à la qualité du matériel et à la compétence des techniciens (locaux), et autres organisateurs (locaux). Tout le monde a bien vu que les techniciens de SMV sont encore revenus à la pause afin d’effectuer de nouvelles vérifications, et des nouvelles balances pour être quasi certains de la qualité !! Cela malgré la superbe sonorisation dont ils disposaient.

Je reconnais cette difficulté, mais encore un fois de plus à qui la faute ? … C’est devant notre porte qu’il faut balayer, plutôt que d’aller chercher je ne sais où, une quelconque fatalité supplémentaire qui nous empêcherait d’évoluer.

Sinon je pense que le niveau du son de la première partie était suffisant pour la prestation assurée. On entendait parfaitement la musique sans aucun effet désagréable.

Il est évident que de pouvoir jouer avec la même sono que SMV aurait été le « top » pour nos locaux. Mais reconnaissons aussi que même les musiciens SMV n’auraient pas été aussi efficaces sans retour sonore. En tous les cas, nous noterons que ça fonctionnait bien pour eux, et c’est là l’essentiel.

On pourrait ajouter sans doute le répertoire choisi par nos musiciens locaux. Celui-ci avait quelques couleurs locales à peine perceptibles, car trop enveloppées dans une carapace hyper « jazzifiée ».

Un mauvais choix qui à mon avis n’a pas arrangé les choses. Je fais partie des nombreuses personnes qui pensent qu’il faillait plutôt jouer de la bonne biguine, du bon zouk, quitte à y mettre quelques touches de Jazz.
On est toujours plus à l’aise en interprétant sa vraie musique…même quand il y a des difficultés sonores.

Cela doit ouvrir la réflexion par rapport au nouveau « snobisme musical » qui a pris naissance en Guadeloupe depuis quelques années avec quelques musiciens et autres mélomanes. On a l’impression que l’élévation consiste à montrer que l’on sait jouer ou écouter  » des choses plus compliquées ». Je dis oui à l’élévation du niveau musical, mais en s’assurant que le résultat est agréable à l’oreille, et qu’il retienne quelque peu l’attention du public.

C »est en cela que le « snobisme musical » intervient. On assiste à beaucoup de créations qui mélangent musique locale, jazz, et je ne sais quoi d’autre, mais avec souvent un rendu dénoué de beauté. Et pourtant on trouve par ci ou là un sentiment de grande fierté, car il y a des « prouesses techniques», parce que c’est original. Pourtant l’originalité n’est pas toujours un gage de beauté.

Les plus illustres musiciens de Jazz, ont souvent conquit le public grâce à des œuvres belles et parfois simples à retenir.

Je préfère pour ma part, une bonne biguine, un bon zouk, un bon « coup tambou ». Pour le jazz je sais à qu’elle porte frapper pour « trouver du bon ».

Ce concert SMV a vraisemblablement fait des dégâts supplémentaires le lendemain aussi !!.

En effet la prestation de PBGV (Perfecta, Buigine-Wabap, Grand-Tipical Vickings) prévue au même endroit a été annulée pour mévente de tickets. L’animatrice vedette d’une radio célèbre en Guadeloupe, s’est crue obligée d’inviter les organisateurs de ce spectacle pour expliquer les causes de cet échec.

Au début de l’émission, un parmi eux n’a pas n’a pas hésité à culpabiliser le public Guadeloupéen en mettant en avant le produit local proposé.

Ce produit n’a pourtant pas retenu l’attention, au détriment bien sûr de SMV qui avait en plus un prix élevé.

Heureusement qu’une auditrice bien éclairée est intervenue pour expliquer un choix vraiment tout simple.
D’un coté vous aviez SMV avec des musiciens mondiaux que vous ne verrez au mieux qu’une fois tous les 10 ans en Guadeloupe. De l’autre coté une brochette d’artiste que vous connaissez depuis 30 à 40 ans, que vous avez vu grandir, vu vieillir, sur lesquels vous avez déjà dansé, que vous croiserez encore dans quelques bals et autres prestations. Ajoutez à cela les dépenses de la fête des mères. Le choix était donc implicite ; « il n’y avait pas photo ». Ce concert de PBGV était voué à l’échec dès le départ.

Cependant, tout en comprenant la déception des organisateurs qui sont des hommes courageux et entreprenants, j’ai failli sourire à un moment. C’est lorsque que l’un d’entre eux, sans doute accablé par la déception, s’en est pris fermement aux institutions de toutes natures et même aux médias !!!

Concernant les institutions » je pense qu’il avait tout faux », car à mon avis, jamais les institutions de la Guadeloupe n’ont autant fait pour la musique, que durant ces dix dernières années.

Concernant les médias, l’animatrice de cette radio très populaire et appréciée fut bien obligée de rappeler le nombre de fois que « Nou ba zot fos là » (pour que tous le monde comprenne ,c’est à dire : « que nous au moins , nous vous avons beaucoup aidé sur ce coup là » ,) .

C’était ainsi que indirectement une porte s’est ouverte pour un autre débat (de mon point de vue en tous cas !! )

En effet, je peux effectivement témoigner que cette manifestation a été très largement, relayée par cette radio. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’information a vraiment été « rabâchée en permanence »

Cependant, je suis tout de même interpellé à plus d’un titre. En effet, involontairement l’intervention de l’animatrice mettait en évidence une injustice :
Le fait que cette belle radio populaire soit capable de faire un « véritable déboulé publicitaire » pour soutenir les gens qu’elle « aiment bien». A contrario, elle sait faire preuve d’un mutisme total pour la promotion d’artistes qui le mériteraient amplement.

C’est pour cela que beaucoup de compétences musicales restent en rade, alors que parfois des moins doués, font la une. Je pense en particulier à tous ces gens qui chantent faux et qui se retrouvent adulés et promus au grade de « stars » ;
Normal me direz-vous !! Ils sont en programmation, comme l’on dit de nos jours….tout est là … (la programmation…..). A force de les entendre, les oreilles s’y habituent, que voulez vous !! On est réduit à cette sombre réalité, ou se mélange marketing, et intérêts.
C’est triste pour les artistes, et triste pour une partie du public qui aurait espéré déguster d’autres produits artistiques de qualité, fabriqués en Gwada ou pas !!

Suis-je sans doute trop sévère !! Mais trop souvent dans ce pays nous gardons le silence, par peur d’être mal vu.
En agissant ainsi nous laissons s’installer la médiocrité, et tous les systèmes pernicieux et complices qui l’entourent.

C’est bien dommage pour les organisateurs et artiste de PBGV, que la puissance de cette radio n’ait pas suffit cette fois ci à servir sa cause !!!!!!!

Néanmoins d’une manière plus générale un large débat peut s’ouvrir sur tous ces sujets.

Retenons au moins que le consommateur Guadeloupéen, est plus avisé, plus calculateur que l’on imagine ; et non « aveuglément local ». Il grandit tout seul, et n’est pas toujours dans l’endoctrinement forcé que l’on veut lui inculquer ici ou là. Il va sur internet, il lit, il voyage, il discute, regarde la télévision.il a du recul, et ne tombe pas forcément
Sous le coup de la souveraineté médiatique « locale » ou règne des demi-dieux (avouons-le !!).

Il faut que le monde des médias, des musiciens, des organisateurs, puisse tirer les meilleurs enseignements du vent soufflé par SMV, et se remettent en question. Le public Guadeloupéen regarde maintenant la qualité, l’opportunité, (qu’elle soit locale ou pas). Et c’est tout à son honneur.

Enfin !! Si l’on pouvait comprendre qu’en Guadeloupe, c’est d’abord nous qui avons la solution de beaucoup de nos problèmes !!
Mais pour cela il ne faudrait plus se voiler la face en permanence, et chercher partout des excuses et des coupables.
Mettons nous à l’œuvre, à la réflexion positive, à la recherche de l’excellence et de l’ouverture.

Rédigé par: francis

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